En 2024, le e‑commerce en France a franchi 175,3 milliards d’euros (+9,6% sur un an) avec un panier moyen à 68 € (Fevad). Et côté usages, 77% des internautes de l’UE déclarent avoir acheté en ligne sur les 12 derniers mois (Eurostat). Autrement dit : tu vis dans un monde où acheter est devenu le comportement “par défaut”. Le plus dur n’est pas de trouver un produit… c’est de ne pas l’acheter.
Si tu te reconnais dans le “j’ouvre juste l’app pour regarder” qui finit en commande, la bonne nouvelle est simple : tu n’as pas besoin d’une volonté en acier. Tu as surtout besoin de friction. Et c’est exactement ce que créent les app‑sperren (blocages d’apps/sites) et les spending locks (verrous de dépense).
Achats impulsifs : pourquoi ton cerveau perd souvent (même quand ton budget est carré)
Un achat impulsif, ce n’est pas forcément “acheter n’importe quoi”. C’est acheter plus vite que ta capacité à décider. Trois facteurs rendent ça explosif aujourd’hui :
- L’instantanéité : paiement enregistré, adresse mémorisée, livraison rapide.
- La répétition : notifications, promos, “plus que 2 en stock”, lives shopping, etc.
- La micro‑justification : “c’est pas si cher”, “je l’aurais acheté un jour”, “je le renvoie si besoin”.
Résultat : tu ne prends pas une grande décision. Tu empiles des petites décisions qui s’additionnent.
Et ça touche aussi des gens très rationnels. Par exemple, une étude relayée fin 2024 indique que 21% des jeunes consommateurs font plusieurs achats par semaine via les réseaux sociaux, et que plus de la moitié achètent au moins une fois par mois (étude GoDaddy citée par CNET France). Ce n’est pas “un manque de contrôle”, c’est un environnement optimisé pour déclencher l’achat.
App‑sperren vs spending locks : la différence (et pourquoi tu veux les deux)
1) Les app‑sperren (blocages d’apps/sites)
Objectif : empêcher l’accès (ou le rendre pénible) pendant les moments “à risque”.
Concrètement, ça sert à :
- Bloquer Amazon / Shein / Temu / Vinted / applis de fast‑fashion / sites de deal
- Couper les réseaux sociaux si c’est ton “tunnel” vers les achats
- Bloquer les pubs/shorts qui te donnent envie de scroller… puis d’acheter
Efficacité réelle : très bonne pour réduire les achats “réflexes”, surtout si tu ajoutes un mode verrouillé ou une règle impossible à contourner vite.
2) Les spending locks (verrous de dépense)
Objectif : bloquer le paiement quand tu dépasses une règle que tu as fixée “à froid”.
Concrètement :
- Plafond mensuel sur la carte
- Carte gelée temporairement (freeze)
- Parfois, règles de sécurité qui ajoutent de la friction avant de payer
Efficacité réelle : excellente contre les “j’ai déjà tout mis au panier, autant payer”.
L’idée gagnante : tu bloques l’entrée (apps/sites) et tu verrouilles la sortie (paiement).
Comment je les ai utilisés (sans me sentir puni)
Je les ai abordés comme un système en 3 couches :
- Couche “urgence” (2 minutes) : un blocage simple pour les applis shopping les plus tentantes.
- Couche “habitude” (quotidienne) : des créneaux automatiques (soir, pause dej, lit).
- Couche “filet de sécurité” (fin de mois / périodes à risque) : spending limit + possibilité de freeze.
Ce qui change tout : tu ne cherches plus à “résister”. Tu changes l’architecture autour de toi.
5 apps pratiques (testées en usage réel) pour stopper les achats impulsifs
1) Apple Temps d’écran (Screen Time) — le verrou “natif” qui coupe l’achat à la source (iPhone)
Si tu es sur iPhone, c’est l’outil le plus sous‑estimé parce qu’il est déjà là. Ce que j’ai aimé : tu peux désactiver les achats intégrés et durcir les règles d’achat via les restrictions.
Ce que j’ai fait en pratique :
- Coupure des achats intégrés (zéro achat “sans réfléchir” dans une app)
- Exigence de mot de passe pour les achats
- Règles gérées avec un code Temps d’écran (idéal si tu vis en couple : quelqu’un d’autre garde le code)
Avantages
- Déjà installé, gratuit
- Très efficace contre les achats “dans l’app” (jeux, abonnements, add‑ons)
- Parfait pour une famille (contrôle des achats des enfants)
Inconvénients
- Moins “souple” qu’une app dédiée si tu veux des scénarios avancés
- Si tu gardes toi‑même le code et que tu es impulsif… tu peux céder
2) Android Bien‑être numérique + Mode Concentration (Focus Mode) — pause des apps qui déclenchent l’envie (Android)
Sur Android, Focus Mode permet de mettre en pause les apps distrayantes et de silencer leurs notifications. Le point fort, c’est l’automatisation : tu peux planifier des heures/jours et t’offrir une “pause” limitée.
Comment je l’ai utilisé pour les achats impulsifs :
- Mise en pause des apps “déclencheurs” (réseaux sociaux + shopping)
- Programmation d’un créneau type “20h–8h” où je craque le plus
- Utilisation de la fonction “pause” uniquement si j’ai une intention claire (“acheter X nécessaire”), pas “juste regarder”
Avantages
- Natif sur beaucoup d’appareils Android, simple
- Très bon équilibre entre liberté et contrôle
- Réduit le “scroll → achat” en coupant notifications + accès
Inconvénients
- Selon les modèles, l’implémentation et les menus peuvent varier
- Moins puissant qu’un bloqueur dédié si tu veux bloquer aussi des sites web précisément
3) Freedom — le bloqueur multi‑appareils (quand ton shopping passe du mobile au laptop)
Freedom est un vrai “mur” : il bloque apps et sites, peut se synchroniser sur plusieurs appareils, et surtout propose un Locked Mode qui empêche d’arrêter la session quand tu as une faiblesse.
Ce que j’ai testé :
- Une “session” récurrente le soir (période où je mets le plus de choses dans le panier)
- Une liste “Shopping” (marketplaces + sites de bons plans)
- Locked Mode pendant les périodes sensibles (soldes, stress, fatigue)
Avantages
- Multi‑plateformes (utile si tu compares/prépares l’achat sur PC)
- Planning + sessions récurrentes : tu n’as plus à décider chaque jour
- Mode verrouillé très efficace contre l’auto‑sabotage
Inconvénients
- Certains avantages sont liés à l’offre payante
- Demande un petit temps de configuration pour faire une blocklist propre
4) BlockSite — pratique pour bloquer “par horaires” (et tenir une routine anti‑craquage)
BlockSite est efficace quand ton problème est très rythmé : “pause dej = scroll + achat”, “après 22h = panier”. Son point fort : le blocage planifié (schedule) sur Android et via extension.
Mon usage réel :
- Deux fenêtres par jour : une petite plage “safe” et une plage “no‑shop”
- Blocage des apps + sites pile pendant les moments où je me raconte “je regarde juste”
- Ajustement hebdo : si je craque un mardi, je bloque plus tôt le mardi suivant
Avantages
- La planification est claire : tu crées une routine anti‑impulsion
- Utile si tu veux bloquer aussi des mots‑clés / sites précis (selon versions)
- Bon compromis pour démarrer sans se compliquer la vie
Inconvénients
- Selon la plateforme (Android/extension), les fonctions diffèrent
- Moins “psychologique” qu’Opal (ci‑dessous) si tu veux un coaching/feedback
5) Revolut — le spending lock simple : limite mensuelle + freeze (le combo “ça ne passera pas”)
Pour moi, c’est la pièce qui transforme un blocage en système. Revolut permet de geler une carte (freeze) en quelques taps, et surtout de fixer une limite de dépense mensuelle : toute transaction au‑delà est refusée.
Le réglage que j’ai trouvé le plus utile :
- Une limite mensuelle dédiée à la carte “achats variables”
- Quand je sens une période de craquage (fatigue, soldes, stress) : freeze temporaire de la carte associée aux achats “plaisir”
Exemple concret (simple mais efficace) avec les chiffres Fevad :
- Panier moyen e‑commerce : 68 €.
- Si tu fais 4 achats impulsifs “moyens” dans le mois : 4 × 68 € = 272 €.
- Un spending limit peut t’éviter de dépasser ton plafond “plaisirs”, même si ton cerveau est déjà dans le tunnel du panier.
Avantages
- Le refus automatique au‑delà de la limite enlève la négociation mentale
- Le freeze est immédiat : parfait en “bouton panique”
- Très utile quand tu veux garder une liberté contrôlée (pas “zéro achat”, mais “dans le cadre”)
Inconvénients
- Ça n’empêche pas de dépenser via un autre moyen de paiement si tu en as
- Si tu règles une limite trop basse, tu risques de te frustrer et de contourner (d’où l’intérêt de règles réalistes)
Conseils pratiques (pour que ça marche sans te pourrir la vie)
- Bloque les déclencheurs, pas la vie entière : commence par 3 apps/sites maximum (sinon tu te rebelles).
- Calque les blocages sur tes moments faibles : soirée, lit, pause dej, transports.
- Crée une règle de délai : “si je le veux encore demain, je le prends”. Le blocage sert à gagner ces 24h.
- Fais une liste “achats autorisés” : courses, pharmacie, billets — tout le reste passe par une fenêtre planifiée.
- Spending limit réaliste : si tu mets 0 €, tu vas contourner. Mets un montant que tu peux assumer, puis baisse progressivement.
- En famille : le vrai hack, c’est que quelqu’un d’autre garde le code (Temps d’écran) ou que vous fixiez ensemble le budget variable.
Tendances actuelles : pourquoi ces outils deviennent presque indispensables
- La croissance du e‑commerce continue : en France, 2024 est une année record et 2025 reste en hausse (Fevad).
- Le social commerce banalise l’achat impulsif : quand l’achat est intégré au feed, tu passes de “je regarde” à “je paye” sans changer de contexte (étude GoDaddy citée par CNET France).
- La friction disparaît : paiement en un clic, livraison rapide, retours simplifiés… donc la discipline doit se reconstruire artificiellement via des verrous.
- Les outils “anti‑distraction” se professionnalisent : modes verrouillés, sessions, plannings, intégrations système (Apple/Android) — on n’est plus sur un simple minuteur.
Conclusion
Stopper les achats impulsifs, ce n’est pas devenir parfait : c’est rendre l’impulsion moins facile et la décision plus consciente. Les blocages d’apps/sites te protègent à l’entrée, les spending locks te protègent au moment du paiement. Ensemble, ils transforment la volonté en simple réglage.
Sources:
- Fevad – Bilan du e-commerce en France en 2024 (175,3 Md€, +9,6%, panier moyen 68 €)
- Fevad – Ventes en ligne au 1er semestre 2025 (+7,9%, transactions +11,3%, panier moyen 67 €)
- Fevad – Édition 2025 des “Chiffres clés du e-commerce” (41,6 M d’acheteurs, 62 transactions/an, 4 216 €)
- Eurostat – E-commerce statistics for individuals (2024) (77% des internautes UE achètent en ligne)
- CNET France – Achats impulsifs en ligne (étude GoDaddy : 21% plusieurs achats/semaine via réseaux sociaux, 12%/9% planifient)
- Apple Support – Désactiver les achats intégrés avec Temps d’écran
- Google – Android Focus Mode (Digital Wellbeing)
- Freedom – Features (blocage apps/sites, scheduling, Locked Mode)
- BlockSite Support – Schedule blocking (Android/extension)
- Revolut Help – Setting a monthly spending limit
- Revolut Help – Freezing or blocking your card



